Observer le vent au-dessus du Groenland est essentiel pour améliorer les prévisions de l'élévation du niveau de la mer à l'échelle mondiale
Une nouvelle étude menée par une équipe internationale de scientifiques américains, anglais et belges et qui a fait appel au MAR, le Modèle Atmosphérique Régional, développé à ULiège par Xavier Fettweis, directeur du laboratoire de Climatologie (UR SHERES / Faculté des Sciences) démontre le rôle essentiel que jouent les vents en hautes latitudes sur l’accélération de la fonte des glaces au Groenland. Une étude qui fait l’objet d’un article publié dans Nature Communications.
L
a calotte glaciaire du Groenland a perdu de sa masse glacière à un rythme accéléré au cours des dernières décennies, ce qui a entraîné une élévation du niveau de la mer à l'échelle mondiale. Une tendance qui devrait malheureusement se poursuivre avec le changement climatique actuel dû à l'activité humaine. Un groupe international de scientifiques, utilisant une approche de modélisation unique, ont pu mettre en évidence le fait qu'entre 1990 et 2012, les changements de vent observés peuvent expliquer plus de la moitié de l élévation du niveau de la mer venant de la perte de masse du Groenland. Toutefois, les modèles climatiques mondiaux , qui sous-estiment l'augmentation de la fonte actuellement observée, suggèrent que la fonte est en grande partie due à une atmosphère généralement plus chaude résultant de l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre dû aux activités humaines et non associée aux changements de vent régionaux. Ce biais peut sérieusement limiter la capacité des modèles à faire des prédictions précises sur l'élévation future du niveau de la mer sachant que si de tels changements de circulation se répètent dans le future, le modèle MAR suggère qu’il faudra multiplier au moins par deux les projections futures de hausse du niveau des mers venant de la fonte de la calotte du Groenland (van de Wall et al., 2022).
Les auteurs ont analysés les observations satellitaires modernes et l’ensemble des données climatique – obtenues notamment avec l’aide du modèle MAR développé par Xavier Fettweis, directeur du Laboratoire de Climatologie (Faculté de Sciences / Sphères) de l’ULiège - ainsi que les données climatiques historiques provenant des carottes de glace et des cercles d'arbres, qui ont systématiquement montré que la circulation atmosphérique à grande échelle et les vents ont joué un rôle clé dans le réchauffement du Groenland et de ses environs au cours des 400 dernières années au moins. Les scientifiques suggèrent que ces vents sont liés à la variabilité décennale des températures de surface de l'océan Pacifique tropical. Toutefois, de nombreuses incertitudes subsistent, notamment en ce qui concerne les liens entre les régions tropicales et l'Arctique, et il n'est pas certain que les modèles climatiques globaux répondent correctement aux changements des températures tropicales de surface de la mer de la même manière que les observations. Les auteurs préviennent que, bien que les modèles climatiques utilisés dans le dernier rapport du GIEC prévoient une fonte du Groenland plus en accord avec les observations que la génération précédente des ces modèles , ces projections doivent toutefois être traitées avec prudence sans contraindre correctement la circulation atmosphérique dans ces modèlesCette nouvelle étude démontre, encore une fois, qu'il est urgent d'améliorer la compréhension des changements climatiques observés sur l'inlandsis groenlandais mais aussi en Europe où là aussi, les modèles sous-estiment les changements de circulation atmosphérique observés en été. Or, ces mêmes changements expliquent pourquoi les anomalies climatiques actuellement observées ces derniers étés en Belgique sont « en avance » par rapport à ce que les modèles projettent pour notre décennie. Cela permettrait d'élaborer des plans d'adaptation et d'atténuation plus efficaces pour faire face à la menace difficile que représente l'élévation du niveau de la mer à l'échelle mondiale qui pourrait atteindre 1.6m en 2100 dans le pire des cas (van de Wall et al., 2022).

L'auteur principal de l'étude, Daniel Topal (Centre de recherche sur l'astronomie et les sciences de la Terre, Université de Santa-Barbara Californie), a déclaré : "L'une des principales priorités de recherche devrait consister à déterminer pourquoi les modèles ont tendance à surestimer l'ampleur du réchauffement induit par le forçage anthropique dans certaines parties de l'Arctique sans suggérer de changement de la circulation atmosphérique générale, comme cela a été observé et modélisé par le modèle MAR depuis 2000. Il est essentiel que nous puissions déterminer avec précision comment le réchauffement impacte les interactions entre l'atmosphère, la glace et l'océan en Arctique mais aussi en Europe, rajoute Xavier Fettweis, sachant qu’on observe là aussi des changements de circulation atmosphérique emballant le réchauffement de nos étés mais sous-estimés par les modèles climatiques globaux. Xavier Fettweis conclu qu’une connaissance plus détaillée des facteurs moteurs nous permettra de mieux nous préparer aux scénarios futurs de fonte de la calotte du Groenland qui pourrait être bien supérieurs à ce qui est prévu dans le rapport du GIEC si ces changements de circulation se prolonge dans les prochaines décénies ."
Lire et écouter l'intervention de Xavier Fettweis sur Radio France
Référence scientifique
- Dániel Topál, Qinghua Ding, Thomas J. Ballinger, Edward Hanna, Xavier Fettweis, Zhe Li & Ildikó Pieczka, Discrepancies between observations and climate models of large-scale wind-driven Greenland melt influence sea-level rise projections, Nature Communications, 14 November 2022. doi : 10.1038/s41467-022-34414-2
- van de Wal, R. S. W., Nicholls, R. J., Behar, D., McInnes, K., Stammer, D., Lowe, J. A., Church, J. A., DeConto, R., Fettweis, X., Goelzer, H., Haasnoot, M., Haigh, I. D., Hinkel, J., Horton, B. P., James, T. S., Jenkins, A., LeCozannet, G., Levermann, A., Lipscomb, W. H., & White, K. (November 2022). A High‐End Estimate of Sea Level Rise for Practitioners. Earth's Future, 10 (11). doi:10.1029/2022ef002751
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